INDIGNE

Publié le par jacques thomassaint

 

 

 

Rues impeccablement propres, pelouses parfaitement tondues (y compris celles qui n’avaient jamais vu une lame de tondeuse de leur existence herbeuse !), macadam refait, bandes blanches repeintes, façade du restaurant Avel Vor redécorée, j’en oublie certainement, Port-Louis d’un coup était tout neuf, tout poli, beau comme un sou neuf… Pour un peu on en oublierait que sans la visite pré-électorale du Président, rien de tout cela n’aurait été fait, ou pas aussi vite ! On en oublierait aussi que nous allons payer de n os impôts cette réfection de façade. Car c’est bien de ravalement provisoire dont il s’agit. Cette visite ne modifiera en rien la réforme (la fameuse RGPP) qui supprime taxe professionnelle et subventions, mettant en grande difficulté les communes et les départements.

Mais que ne ferait-on pas, quand on est une municipalité de droite, pour faire croire que sous le sakozysme, tout va bien !

J’ai vu aussi tous ces habitants de Port-Louis et des environs se presser pour le spectacle. Pauvres manants ! Vous n’en verrez, de très loin, que le décorum. Pas question d’approcher les lieux de la cérémonie. Péquins de base, ce n’est pas votre 8 mai, ni celui auquel vous vous rendiez auparavant, afin d’honorer vos morts et vos résistants. Ceux-là seront à Sarkozy, pour sa propagande, sa clique de valets et de polichinelles obséquieusement obéissants. Venus en train spécial de Paris. Et protégés par une nuée de gendarmes et autres policiers, par cet hélicoptère tournant depuis l’aube au-dessus de la cité, par ces vedettes maritimes empêchant votre sortie en mer, votre partie de pêche dominicale et, comble du ridicule, l’éventuelle baignade jusqu’à l’autre rive de la rade.

Il y aura un discours, martial, sans doute, vantant la liberté et la résistance. Et pendant ce discours, nous serons en zone occupée, avec des hommes en bleu et en arme à chaque carrefour, dans chaque rue, ordonnant de s’arrêter, de ne pas franchir la frontière, voire de monter ses papiers. Est-ce dans l’intention de nous montrer ce qu’on pu ressentir nos ainés pendant l’occupation allemande ? Est-ce pour que nous comprenions, sots que nous sommes, ce qu’était un ausweis ?

En tout cas, entre le discours et la réalité, il y aura une telle contradiction que je m’étonne que certains ici puissent trouver cette situation normale. Ne sommes-nous pas chez nous, dans notre ville ? N’avons-nous pas le droit de saluer les fusillés comme nous le faisons habituellement ? Sommes-nous devenus des sortes de pestiférés, des étrangers dans notre propre cité ? Sommes-nous soudainement, par  le seul fait de la visite du prince, indignes de cette commémoration ? Ou nous considère-t-on, dans les sphères policières et politiques, comme des terroristes en puissance ?

Un Président populaire n’aurait-il pas eu à cœur d’être au milieu de nous tous, sans avoir besoin de tout ce déploiement d’interdictions ?

Mais nous savons, hélas, qu’il s’agit de tout autre chose. On parlera de cette visite, dans les médias télévisés aux ordres, on répétera des extraits du blabla présidentiel en tentant de nous faire croire à la sincérité de celui qui le prononça. Nous savons, pour avoir croisé ces centaines de policiers nous interdisant de circuler à  notre gré que ce n’est là que faux-semblant, tromperie pour les gogos, tartufferie et mensonges sans vergogne.

Tout cela n’est pas digne de la République dont ces messieurs au pouvoir font si grand usage dans leurs déclarations.

 

Port-Louis, le 8 mai 2011, 12h.

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