ADRESSE AU ROI DE FRANCE ET DES FRANCAIS
Pendant que vos sujets sont en grève sur vos terres antillaises, votre majesté, sire et roi, vous vous rendez au ski. Foin des plaintes du peuple, pensez-vous ! En aucun royaume on n’a vu un monarque se priver d’un week-end pour quelques miséreux. Vous avez remplacé votre laquais chargé de vos colonies – lequel laquais à toute fierté abdiquée – par deux employés dont l’ignorance crasse n’a d’égale que l’incompétence encravatée ! Et si ces manants, sur ces îles lointaines, continuent leurs défilés, votre majesté leur enverra sa soldatesque. S’ils ne veulent pas le fouet, on leur donnera du fusil. Ces misérables ont dûment été prévenus par « la voix de son maître », sur les antennes de votre excellence.
Toutefois, sire, permettez à l’humble sujet que je ne suis pas de vous en prévenir : il existe sur vos terres de France d’autres populaces dont la patience vient à son terme. J’ai même entendu parler d’exaspération, de colère quant à vos impuissances de plus en plus notoires, et pour les alliances que vous tenez en grand apparat avec les seigneurs (et saigneurs !) de la finance. Il se pourrait qu’ils en viennent à des humeurs qui ne vous agréeraient point, et qu’en conséquence ils ne se décident, eux aussi, à manifester dans vos rues et sur vos places, qui seront alors leurs rues, leurs places, et, pourquoi pas, votre fin. Des boutefeux s’agitent, sire, des calicots se préparent, des révoltes s’organisent, des poings se serrent qui ne tarderont pas à se dresser.
Ce ne sont point les rodomontades de votre larbin porteur de parole, qui sauraient les effrayer. Ce triste perroquet exprime habituellement tant de sottises en si peu de phrases qu’ils en riraient, si leur situation, par votre faute et celles de vos séides, n’était pas aussi difficile. Pas plus que les mensonges, insultes et stupidités nombreuses proférées en toutes circonstances par ces valets que vous avez nommés aux postes et fonctions de ministres, et autres soubrettes préposées à vos basses œuvres, ne pourront les retenir longtemps de les bouter hors des assemblées et lieux de pouvoir.
Souvenez-vous, Majesté, que le 14 juillet 1789, votre lointain prédécesseur, un certain Louis XVI, retour de la chasse, écrivit dans son journal : « Rien ». Et que, peu après, le 4 août, furent aboli les privilèges ! Et que ce monsieur de Bourbon, 4 ans plus tard, en perdit la tête !