LE COUCOU UNITAIRE

Publié le par jacques thomassaint

 LE COUCOU UNITAIRE

 Le coucou est cet oiseau qui fait son nid dans celui des autres oiseaux. En réalité, il chasse son congénère et prend sa place.

Le coucou « unitaire », en politique, fait de même. Il s’introduit dans la place, et prétend ensuite que celle-ci lui appartient. Si le précédent occupant, ayant, années après années, bâti son nid, résiste, il doit s’attendre à subir les assauts verbaux du coucou unitaire. Car si le coucou unitaire n’a pas forcément un magnifique plumage, il a par contre un sacré verbiage. Héritier du coucou "entriste", il connaît les ficelles, les expressions, le langage qui vont déstabiliser l’autre. Le coucou unitaire pousse même l’unité jusqu’a accuser le premier occupant de stalinien parce que celui-ci aura tenté de défendre sa place. Un as du retournement de sens, le coucou unitaire. Un as aussi du double langage : pourfendeur des coucous socio-démocrates, il ne répugnera pas, le cas échéant, à s’allier avec eux si nécessaire à son installation.

Une particularité du coucou unitaire est de ne jamais donner de réponse, mais de poser des questions. Ainsi tente-t-il de mettre en accusation l’occupant premier en laissant croire qu’il ne fait que s’interroger, alors même qu’il a de longue date prévu la prise du nid. Accuser l’autre, avant que celui-ci n’ait pu savoir de quoi il retourne, est une vieille tactique que le coucou unitaire, bien qu’il s’en défende, a hérité des pratiques staliniennes. Le coucou unitaire n’est pas à une contradiction près, pourvu que cela lui permette de prendre la forteresse.

Ainsi, par exemple, lorsqu’est organisée, par le créateur du nid, une grande fête publique, le coucou unitaire fait du bec et des griffes afin de s’introduire dans la fête. Il compte y trouver un triple avantage : un, accuser l’autre de sectarisme au motif qu’il tente de refuser de céder la place, deux, faire son numéro sans avoir à redouter les tâches ingrates de l’organisation matérielle et financière, trois, faire croire qu’il veut vraiment l’unité alors qu’il crée une dissidence ! Un sacré futé, le coucou unitaire !

Le coucou unitaire est d’abord un fameux chanteur. Il n’est même généralement que cela. Il faut écouter sa  musique et ses paroles. A défaut de pouvoir se parer des plumes du paon, il emprunte volontiers le langage des sociologues, des philosophes et des penseurs dont la parole lui semble la plus utilisable à l’occasion. Il est bourdieusien quand la mode est à Bourdieu, Chomskyen quand il pense que c’est l’homme du moment, amateur de Char quand il peut y trouver la phrase qui tue. Il n’hésitera jamais devant la citation, même retirée de son contexte. Lui qui méprise la poésie et les poètes, et les arts en général, ne recule pas à l’emprunt de poème si cela peut servir sa mise en place, voire même  pour accuser l’adversaire en faisant de la parole citée une transcendance totalitaire. Comme le bourgeois, le coucou unitaire ne voit dans l’artiste que ce qui peut lui être utile.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le coucou unitaire. Mais cela suffira pour aujourd’hui.

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Publié dans politique

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