voeux
Saltimbanques du fleuve charroyé de crépuscule
Voici mon salut de poète embarqué
Dans le grand parler d’ombre et de lumière
Avec vous accoudé à la rive des esquifs
Écoutant dans la nuit l’assemblage des voix
Comme planches de chêne et hanches de roseaux
Maraudeurs des fontaines
Où viennent boire les chevaux désharnachés
Voici mon salut fraternel dérivant
Sur la lenteur alternée des eaux
Avec vous ce soir amarré à la forêt des charpentes
Regardant passer des fantômes de haleurs
Et leurs souffles d’arméries et de salicornes
Écoutant dans l’obscurité l’effraie solitaire
Comme un musicien noctambule accordant son chant
Au chant des hommes
Voltigeurs du verbe sur la berge des marées
Voici mon salut de compagnon passager
Parmi les mots les rires et les cœurs battants
Avec vous attablé à la cène des légendes
Festoyant rimes et silences
Écoutant dans le frémissement du songe
Ce halètement du flot que remontent les rameurs
Comme un murmure d’îles provisoires
Sous la pluie des projecteurs
Porteurs de paroles au bord du monde
Voici mon salut de voleur d’étoiles
Sous le trémail replié des arc en ciel
Avec vous assis sur le banc des nuits océanes
Écoutant dans le craquement des lisses
L’appel des cintres ouverts sur le ciel
Et dans la batée des vagues contre les bordés
Comme un chuchotement de coulisses
Avant juste avant que ne se lève enfin
Le velours poignant d’un matin d’été.
Jacques Thomassaint