extrait 1 de "nous voici aux portes du vent"

Publié le par jacques thomassaint

 

Etat d’urgence.

Poser des mots comme poser des bombes. Planter des phrases fleurs. Essayer le fleuve jusqu'à la litanie. Laisser la rage se déclarer. Tempêter le calme jusqu'à la perfection du cercle.

 

Etat d’urgence.

Laver l’aube des graffiti inessentiels. Oublier l’inoubliable. Peser la nostalgie. La parole donnée. Offrir les mots de la révolte. Permettre au cri le hurlement, au murmure le silence. Greffer l’espoir en grappes solaires.

 

Etat d’urgence.

Libérer le feu. Veiller le sommeil. Savoir le rire et les larmes. Et la tragédie de l’inconscient. Soumettre le rêve au cauchemar. Mourir dans la gloire d’un éclat de rire.

 
Etat d’urgence.

Recréer la vie, des doigts sur les yeux. Des lèvres pour supplier. Pour l’inutile, pour la joie, pour un songe de singe. Vendre le vent avec le ciel. Croire l’espace complice. Un seul instant. Avant le vide.

 

Etat d’urgence.

La main, aussi, déserte. La couleur des mains. Parler la langue des prisons et celle de l’insoumission. Cravacher le temps. L’arrêter, d’un geste, sur la tombe d’Yseult la blonde. Fleurir celle de Laure. Celle de Léopoldine. Celle d’une femme inconnue qui fut très belle. Courir le risque. Peut-être.

 

Etat d’urgence.

S’asseoir au crépuscule sur l’arbre de la tempête. Ignorer jusqu’au parfum du lilas. Flamber, torche nécessaire. Livrer la page à la cruauté de l’écrit. Incendier l’océan. Se taire, lavé d’amour. Avoir, une seule fois, parlé la langue des poètes.

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Publié dans poésie

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B
Superbe texte, des mots forts et justes, une très belle musique de l'univers ........... Je reste émue.BA
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