A LIRE ET FAIRE LIRE
LA STRATEGIE DU CHOC (un capitalisme du désastre)
Naomi Klein
900 pages. Aux éditions Actes sud
A LIRE D’URGENCE ! ! !
Approfondissant la réflexion entamée avec "No Logo", Naomi Klein dénonce ici l'existence de stratégies concertées pour assurer la prise de contrôle de la planète par les tenants d'un ultralibéralisme qui met sciemment à contribution crises et désastres pour substituer la seule loi du marché et la barbarie de la spéculation aux acquis des civilisations et aux valeurs démocratiques. Quatre ans d'enquête sur le terrain, au cœur de zones frappées par différents désastres, l'Irak, les côtes de l'Asie du Sud-est frappées par le tsunami, la Nouvelle-Orléans brisée par l'ouragan Katrina, l'après 11 septembre... Un travail de recherche historique considérable, des rencontres avec des victimes ou des responsables, l'examen de documents "déclassifiés", tel est le socle sur lequel repose la démonstration par laquelle Naomi Klein fait exploser le mythe selon lequel le libre-marché mondialisé aurait assis son triomphe sur des bases démocratiques.
Après une préface très explicite où elle expose les différents points de son argumentation, le premier chapitre porte sur la torture et plus particulièrement sur les expériences de lavage de cerveau effectuées par Ewen Cameron financé par la CIA. Ces recherches avaient pour objectifs de détruire la personnalité du sujet dans le but d'obtenir une "page blanche" sur laquelle on pourrait écrire une nouvelle personnalité.
La thèse de Naomi Klein est que de la même manière, des désastres (catastrophes naturelles, changements de régimes), qui produisent à la création d'un choc psychologique, permettent aux chantres du néo-capitalisme d'appliquer la doctrine dite de « l'école de Chicago » édictée par Milton Friedman. Ils imposeraient à l'occasion des désastres des réformes économiques ultra-libérales telles que la privatisation de l'énergie, de la sécurité sociale ; alors que de telles réformes n'auraient pas été possibles dans un temps normal sans crise.
Naomi Klein utilise comme exemples de ce processus les dictatures de Pinochet au Chili, de Suharto en Indonésie et toutes celles ayant eu lieu en Amérique du Sud en général avec le lot de tortures qui les accompagnent. L'auteur invoque aussi la chute du communisme en Pologne et en Russie au début des années 1990, le gouvernement de Margaret Thatcher au Royaume-Un, la fin de l'apartheid en Afrique du Sud...
Les politiques qui ont été pratiquées aux États-Unis depuis 1990, mais plus particulièrement sous l'administration Bush, sont particulièrement visées, notamment la privatisation progressive de l'armée des États-Unis. Cela amène à s'intéresser à la gestion de la guerre en Irak[1]. On assisterait depuis 2001 à l'émergence d'une industrie de la sécurité intérieure.
Naomi Klein signale l’exploitation des catastrophes naturelles comme l’ouragan Katrina ou encore du tsunami de 2004. Suite à ce dernier, les gouvernements des Maldives, du Sri Lanka et de l’Inde ont interdit aux sinistrés de revenir s'installer sur les plages dans le but de ne laisser la place qu'aux infrastructures touristiques.
Un peu partout dans le monde, l’application des théories de Milton Friedman conduit à la division des villes en deux zones, comme à Bagdad ou Beyrouth :
- une Zone verte, riche et protégée des dangers ;
- une ou plusieurs zones rouges, dangereuses et misérables.
Naomi Klein observe également deux contradictions importantes aux théories de l’école de Chicago, telles qu’elles furent appliquées dans ces pays :
- selon ses promoteurs, le néo-libéralisme garantit une plus grande richesse d’une économie et, par percolation, un accroissement de la prospérité individuelle. Selon elle, et dans les exemples étudiés, ce n’est jamais le cas tant qu'une politique de redistribution, contraire à la théorie de Friedman, n’est pas menée ;
- toujours selon ses promoteurs, démocratie et néo-libéralisme vont de pair. Or, selon Naomi Klein, l’imposition de politiques néo-libérales ne s’est jamais produite sans coup d’État, élimination temporaire ou définitive (exécutions) de l’opposition, ou l’imposition d’un état d’urgence, ou politique vaudou (application par une nouvelle majorité d’une politique strictement contraire aux promesses de campagne).
L’auteur :
L'histoire familiale de Naomi Klein est teintée d'activisme politique. Ses grand-parents étaient des marxistes américains actifs dans les années 1930 et 1940. Son grand-père a été renvoyé de son poste d'animateur chez Disney après y avoir organisé la première grève de l'histoire des studios[1].
Ses parents ont émigré au Canada en protestation contre la guerre du Viêt Nam. Son père, médecin, est devenu un membre du mouvement Physicians for Social Responsibility. Sa mère a réalisé un documentaire controversé contre la pornographie, Not a Love Story. Son frère, Seth, est directeur du bureau de la British Columbia du Centre canadien pour des alternatives politiques.
La carrière d'écrivain de Klein commença avec ses contributions au journal The Varsity, un journal étudiant de l'Université de Toronto dont elle était rédactrice en chef. Elle prit part au mouvement féministe en 1989 lors de la Tuerie de l'école polytechnique de Montréal. Elle obtint la bourse Miliband de la London School of Economics[2].
Naomi Klein est devenue une représentante de l'altermondialisation grâce à son best-seller No Logo (2000), sorte de « bible » du mouvement anticapitaliste de la fin des années 1990[3]. Elle dénonce la réduction de l'espace public au profit des multinationales qui s'imposeraient au travers de leurs logos. Elle évoque l'exploitation de la misère que conduisent selon elle les multinationales modernes telles que McDonald's, Nike, Coca-Cola, Starbucks ou encore Wal-Mart.
Elle a également écrit Fences and Windows (2002) ainsi que des articles pour The Nation, The Globe and Mail, Harper's Magazine,The Guardian et In These Times, et participé à la réalisation d'un film (The Take) sur le phénomène des entreprises autogérées par les salariés en Argentine avec son mari le journaliste de la télévision canadienne Avi Lewis.