Vendredi 18 avril 2008

- Aimé Césaire est mort.

- Qui ça, demandent  99,99% des français ?

- Césaire, un poète !

- Ah, un poète…

        Et comme ces 99,99%, le président, n’ayant rien lu de ce poète-nègre-rouge, écoutera en ricanant les potiches de sa télévision répéter sans rien y comprendre les pseudo explications des agences de presse, en attendant que son conseiller lui ponde le discours de circonstance.

       Ici, dans ce pays depuis plus de 20 ans dirigé par des individus incultes, pour lesquels les petits cons de la star-ac sont des poètes, le tag un art, le fric une morale et la vulgarité de Bigard la seule philosophie qu’ils puissent comprendre, ici, on ne célèbre les poètes que morts.

       Sans renoncer toutefois à cracher sur leur tombe, comme aujourd’hui sur celle d’Aragon.

      Nous verrons les nationales obsèques, nous entendrons le national président pérorer, nous écouterons la crétinerie de la nationale Ségolène bêler le panthéon, nous lirons les nationales déclarations des nationaux partis politiques de tout poil débiter le sempiternel couplet sur la négritude dont ils ne savent que le mot sans avoir jamais lu un seul poème, ni de Césaire ni de Senghor, ni de quelque autre poète. 

      Nous subirons. Encore, et encore, jusqu’à l’écoeurement.

     Et le peuple, ivre d’une télévision dégueulant son sirop vomitif, n’aura pas droit d’entendre à une quelconque heure dite de « grande écoute », le moindre récital de poèmes du grand mort célébré, ni une seule de ses pièces de théâtre.

     Le peuple saura que le poète est mort, et par extension, devinera que la poésie, elle aussi,  est morte.

     Et il zappera, histoire de ne rien perdre de sa série yankee préférée !

 

 

 

par jacques thomassaint publié dans : poésie
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Vendredi 4 janvier 2008

Fable égyptienne 

Sur ses petits ergots perché,
Un coquelet de basse-cour
Rencontra, par hasard, un jour,
Une dinde de haute volée.
 
Son épouse l’ayant quitté
Pour d’autres coqs, d’autres amours,
Il fit à la dinde la cour
Et s’en vit bien récompensé.
 
Un des maîtres du poulailler
Lui prêta, pour voyager loin,
Pilote avion et le tintouin,
Et qu’au Nil il s’alla baigner.
 
Lui qui n’était que président,
Il se crut roi dans la vallée,
Pharaon aux pieds de Gizeh ;
Du monde il se rêva tyran.
 
La dinde était de la virée,
Se disant qu’on n’a pas toujours
Un roitelet de basse-cour
Pour vous emmener promener !
 
Il est certain qu’elle ignorait
Combien elle avait de la chance :
Si elle était restée en France,
Faute de chapon les miséreux,
Pour fêter le noël entre eux,
L’auraient volontiers
Dévorée !
 
Moralité :
A ce moment de l’année,
Pour une dinde, mieux vaut s’accoupler
Avec quelque coquelet ou roitelet,
Surtout si sous ses pattes le fumier
Au fric est parfumé !
 
 
 
  note de l'auteur : je sais, ce n'est pas très bon... mais début janvier, on fait ce qu'on peut !!!
par jacques thomassaint publié dans : poésie
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Samedi 10 novembre 2007

Les laisserons-nous encore longtemps s’acheter l’avenir sur nos morts

 
 Il règne ici un si grand bruit un si grand silence
Un tumulte si  puissant effaré d’échines soumises
Dans ces jours noirs que repeignent de bleu les maquignons
Quand chacun de nous laisse au plus barbare la mémoire des nôtres
Dans cette carrière de Châteaubriant devant l’eau vive de Boulogne et demain
Si l’on n’y prend garde au Vercors ou dans Oradour suppliciée
Les laisserons-nous encore longtemps s’acheter l’avenir sur nos morts
Et c’est à se demander où donc vivons-nous
En quel territoire étrange peuplé de fantômes à l’encan éparpillés
Errons-nous désespérés n’osant plus hurler nos douleurs
Car il s’agit de cela la douleur la douleur je n’ai pas d’autre mot
Pour parler de cet effroyable comme une honte de n’avoir été
Que ces êtres pétrissant l’impossible d’une humanité plus belle
La douleur et nous savons bien que c’est de cela dont il faut parler
La douleur comme si de survivre après tout après tout ce que
Nous vîmes du monde quand il sembla de partout s’effondrer
Et ces crimes en notre nom commis et ces mensonges épouvantables
Et pourtant si peu d’entre nous ici n’ont à se couvrir du manteau d’opprobre
Pourtant ce si grand silence glaçant nos jours et nos nuits à n’en pas dormir
Ni rêver ni un instant imaginer des jours et des nuits sans ce malheur
Sans cette douleur encore ce mot cette litanie c’en devrait être assez à la fin
Ne croyez-vous pas venu enfin le temps de jouer la partie cartes sur table
Comme on dit dans ce langage que les poètes n’osent plus chanter
Allons donc je parlerai à ma manière vous le savez bien compagnons
Qui tentez parfois de trouver de nouveaux cheminements de nouvelles lisières
Aux orées des jours à venir dans ce pesant silence où l’on entend parfois
Les plaintes des peuples toujours bafoués toujours muselés
Les laisserons-nous encore longtemps sans que notre voix
N’accompagne leurs errances jusqu’au frontières des espoirs enterrés
Sans creuser encore et encore pour ôter cet humus cette pourriture
Dont nos révoltes se sont couvertes comme de cendres nos fronts 
Sans relever nos corps malgré la douleur et il n’est pas ici question
De taire ce passé si noir qu’il semble souvent que rien n’existât vraiment
Que ce ne fût qu’un cauchemar dont il faut se réveiller on n’ose pas
Toutefois régler la sonnerie du réveil sur des lendemains d’utopie
On nous a tant dit et dit encore qu’il faut à tout cela garder raison
Poser la chape de l’oubli tout refaire à nouveau à nouveau escalader
Les falaises à nouveau franchir les plaines et les déserts gravir les monts
Croire à de nouvelles merveilles et toutes anciennes douleurs
Qui remontent dans nos ventres nos gorges nos mots comment alors
Dire à ces enfants qui viennent l’infinie traversée sans l’assurance du havre
Le dédale avec toujours tapi on ne sait où le monstre au front de taureau
A chaque tentative de franchir l’avenir piétinant les ailes frêles d’Icare
Les laisserons-nous encore longtemps s’acheter l’avenir sur nos morts ?
 
Jacques Thomassaint
par jacques thomassaint publié dans : poésie
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Jeudi 18 octobre 2007
 Aux 27 de Chateaubriant
 
Français
Le ministre
Qui désigna l’otage
 
Français
Le député
Qui demanda la mort
 
Français
L’imprimeur
Qui afficha l’avis
 
Français
Les policiers
Qui vinrent l’arrêter
 
Français
Les juges
Qui l’emprisonnèrent
 
Français
Les gendarmes
Qui le gardèrent
 
Français
Le banquier
Qui applaudit le crime
 
Français
L’industriel
Qui fabriqua la balle
 
Et Français
Le président
Qui n’en a rien dit.
 
 
 
 
 
par jacques thomassaint publié dans : poésie
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Mercredi 3 octobre 2007
 
 
 
Emplis de miséricorde les nouveaux maîtres
Ont rejeté les fers et les charbons ardents
Plus jamais ces sceaux sur la chair ont-ils clamé
Plus jamais sur les corps ces numéros gravés
 
Emplis d’altruisme et de pitié les nouveaux maîtres
Ont jeté l’étoile jaune avec le passé
Plus jamais ces marques d’infamie ont-ils dit
Plus jamais en aucun lieu ces signes maudits
 
Emplis d’humanité neuve les nouveaux maîtres
Ont rangé les chaînes colliers et barbelés
Plus jamais de ces tatouages ont-ils juré
Plus jamais la question dans la rue des saussaies
 
Emplis de pure componction les nouveaux maîtres
Ont discouru longuement sur la liberté
Plus jamais ça plus jamais ça car désormais
Il nous suffit  O merveille scientifique
 
Merveille informatique
De votre code génétique.
par jacques thomassaint publié dans : poésie
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