poésie

Lundi 19 mars 2007

extrait de la préface de E. Gruillot, philosophe:

Par sa construction polyphonique, par sa disposition théâtrale et son souffle épique, ce texte retrouve des accents de tragédie antique. Plusieurs voix s’y élèvent et s’enfoncent, se répondent et se répandent peu à peu sur la page. Voix grasse de l’immonde Léviathan qui dit l’implacable victoire du mal que l’homme fait à l’homme ; voix blanche des maudits des oubliés et de la révolte vouée dès le premier jour à l’échec, et qui finit par s’éteindre ; et puis ces voix d’outre-tombe revenues des camps de la mort –Robert Antelme, Paul Celan ou Primo Lévi qui hantent le poème et prient ou crient dans le désert…
Inexorablement portée par ses fantômes, seule la voix qui dépeint l’homme nu ira jusqu’au bout de son chant : un poète tient parole. Mais le poème alors se retourne comme un palindrome, et se tient telle une tornade sur la pointe du mot nu. C’est que l’humanité s’éprouve dans l’extrême dénuement, au bord de l’abîme, face-à-face avec l’inhumain, qui peut avoir visage urbain : dans les villes dorment des milliers d’êtres dérivant. C’est cet homme fatigué de lui-même qui s’entend dans le mot terrible d’Yves Bonnefoy : il n’y a plus de désert, puisque le désert est en nous. Homme déplacé, exilé dans l’ennui ou dans la dépression, seul au milieu des autres : mourir d’une solitude encombrée, y a-t-il plus atroce déréliction ? Partout où l’homme a disparu, homme invisible ou superflu, « le désert croît, avertit Nietzsche, et malheur à qui porte des déserts en lui ».
 
La poésie âpre de Thomassaint ne cherche pas à divertir ou à enjoliver : elle nous fait traverser, les pieds ensanglantés, la douleur de l’être. On songe à Fugue de mort, ce poème de Celan que Primo Lévi disait porter en lui « comme un greffon » :
[…]Il crie jouez doucement la mort la mort est un maître venu d’Allemagne
il crie assombrissez les accents des violons alors vous montez en fumée dans les airs
alors vous avez une tombe au creux des nuages on n’y est pas couché à l’étroit[…]
Comme Celan, Thomassaint réfute Adorno : on peut écrire des poèmes après Auschwitz. Pour dire l’interminable errance des peuples, et puis la vanité de nos mots nos pauvres mots chevillés de tendresse. Nul n’oublie que Paul Celan et Primo Lévi sont morts deux fois, rescapés d’une barbarie qui les accula au suicide…  
 
À la fin de cette histoire sans fin, l’errant demande : croire croire mais croire à quoi ?… Quand tout persécuteur impose à ses victimes le mutisme de la honte et la certitude d’être incomprises si elles en réchappent : « les chambres à gaz, l’assassinat industriel d’êtres humains, non, je l’avoue, je ne les ai pas imaginés, dit Raymond Aron, et parce que je ne pouvais pas les imaginer, je ne les ai pas sus ». Savoir croire l’incroyable donc, et prendre au sérieux les histoires incongrues : cette légende qui raconte que Saint-Jérôme, pénitent au désert, enleva une épine à la patte d’un lion, juste par amour ;  cet oracle de Nietzsche, qui rapporte qu’un lion encore venait lécher les larmes tombant sur les mains de Zarathoustra en pleurs ; ou cette étrange histoire d’un homme perdu dans le désert et réapparu dans un tableau, qui lui rendit son visage et son nom... Comptez sur le poète Jacques Thomassaint pour chercher à comprendre ! Peinture ou poésie, l’art est la porte de sortie qui vous ramènera au monde. Mais autrement…
 
"il y avait un homme"  est disponible chez l'auteur                   
Par jacques thomassaint
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Dimanche 1 juillet 2007
 
 
                                               Les Prix de poésie en 2007
 
             Le XVIIe Prix international de poésie Antonio Viccaro en association avec le Festival International de Poésie de Trois-Rivières (Québec - Canada) a été remis à l'occasion du 25e Marché de la Poésie de Paris à Roland Nadaus.
 
       Le Prix Louise Labé a été attribué à Bernadette Engel Roux pour son recueil Visitation paru aux éditions L'arrière-pays.
     
            Le prix de l'édition poétique de la ville de Dijon a été attribué à Jacques Thomassaint pour son recueil Il y avait un homme (préface d'Etienne Gruillot).
     
            Le Prix Kowalski - prix de poésie de la Ville de Lyon a été attribué à Emmanuel Merle pour son livre Amère indienne (éd. Gallimard, 2006).
 
            Les Prix internationaux de poésie Jean Malrieu ont été attribués à Ludovic Janvier pour son recueil Une poignée du monde (Gallimard) et à Léticia Iléa pour son recueil Apprivoiser le silence (Autres Temps).
 
             Le 5e Prix poésie des lecteurs Lire et faire Lire 2007 a été décerné à Michel Lautru pour son recueil les jupes s’étourdissent (éditions Soc et Foc).
 
             Le prix de littérature Nathan Katz 2007 a été attribué à Marcel Moreau.
 
             Le prix Européen de littérature 2007 a été attribué au poète finlandais Bo  Carpelan.
 
Source : Le printemps des poètes.www.printempsdespoètes.com 
 
 
 
 
Par jacques thomassaint
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Mercredi 22 août 2007
IL Y AVAIT UN HOMME

 
Il y avait un homme
Nu
Assis
De profil       d’oubli et c’est alors une si grande solitude une si grande désespérance qu’à nouveau
Tenant le front                 tu marches cherchant la frontière le point de passage le barbelé salvateur
Dans ses deux mains               l’homme en armes croisées devant sa poitrine comme insigne de vie
Immobile silencieux                             à nouveau tu croises sur la pierre les traces des bêtes mortes
Ou peut-être murmurant                                        ou peut-être les marques d’agenouillements usant
Et nul n’écoutant sa douleur                                                 le calcaire tu n’es pas le premier passant
Assis nu solitaire sur ce rocher
Le ciel blanc derrière lui sans nuage  ce temps au cœur de ce fragment de temps cette apparence de l’oubli
Sans ligne d’horizon entre ciel et sol                      qui ne vient pas à la fin malgré le feu qui ne s’éteint pas
Comme si rien d’autre que cette forme posée                il n’y a jamais de rendez-vous sur le pont au dessus
Cependant le temps bref et infini d’écrire une ligne                                  du fleuve et quel pont franchissant
Un changement les mains sont posées sur les genoux                                                     le lit tari à la fin


ce recueil (50 pages) a reçu le PRIX DE POESIE 2007 DE LA VILLE DE DIJON
Disponible chez l'auteur (adresse sur le bandeau)
 
Préface de M.Etienne GRUILLOT, philosophe.

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Par jacques thomassaint
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Mercredi 12 septembre 2007

Maintenant que les bandits ordinaires 
ont pouvoir d'écrire les lois du monde

Qu'allons-nous faire 
mon amour 
de l'espérance ?

Par jacques thomassaint
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Jeudi 20 septembre 2007
 
Arbeit mach frei
 
Le temps et les barbares
Tentent sans cesse d’effacer nos mémoires
 
Mais comment oublier
Cette image des suppliciés
Descendant des trains et passant
Sous l’arc dominant
La porte des camps
 
Arbeit mach frei
Y était gravé
 
Arbeit mach frei
Se dit en français
Le travail c’est la liberté
 
N’entendez-vous pas
Gens de mon pays
Ces mêmes mots
Aujourd’hui clamés ?
 
N’oubliez jamais
Gens de mon pays 
Ce slogan scandé
Au rythme des guerriers :
Arbeit mach frei
Arbeit mach frei… 
Par jacques thomassaint
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Mercredi 3 octobre 2007
 
 
 
Emplis de miséricorde les nouveaux maîtres
Ont rejeté les fers et les charbons ardents
Plus jamais ces sceaux sur la chair ont-ils clamé
Plus jamais sur les corps ces numéros gravés
 
Emplis d’altruisme et de pitié les nouveaux maîtres
Ont jeté l’étoile jaune avec le passé
Plus jamais ces marques d’infamie ont-ils dit
Plus jamais en aucun lieu ces signes maudits
 
Emplis d’humanité neuve les nouveaux maîtres
Ont rangé les chaînes colliers et barbelés
Plus jamais de ces tatouages ont-ils juré
Plus jamais la question dans la rue des saussaies
 
Emplis de pure componction les nouveaux maîtres
Ont discouru longuement sur la liberté
Plus jamais ça plus jamais ça car désormais
Il nous suffit  O merveille scientifique
 
Merveille informatique
De votre code génétique.
Par jacques thomassaint
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Jeudi 18 octobre 2007
 Aux 27 de Chateaubriant
 
Français
Le ministre
Qui désigna l’otage
 
Français
Le député
Qui demanda la mort
 
Français
L’imprimeur
Qui afficha l’avis
 
Français
Les policiers
Qui vinrent l’arrêter
 
Français
Les juges
Qui l’emprisonnèrent
 
Français
Les gendarmes
Qui le gardèrent
 
Français
Le banquier
Qui applaudit le crime
 
Français
L’industriel
Qui fabriqua la balle
 
Et Français
Le président
Qui n’en a rien dit.
 
 
 
 
 
Par jacques thomassaint
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Samedi 10 novembre 2007

Les laisserons-nous encore longtemps s’acheter l’avenir sur nos morts

 
 Il règne ici un si grand bruit un si grand silence
Un tumulte si  puissant effaré d’échines soumises
Dans ces jours noirs que repeignent de bleu les maquignons
Quand chacun de nous laisse au plus barbare la mémoire des nôtres
Dans cette carrière de Châteaubriant devant l’eau vive de Boulogne et demain
Si l’on n’y prend garde au Vercors ou dans Oradour suppliciée
Les laisserons-nous encore longtemps s’acheter l’avenir sur nos morts
Et c’est à se demander où donc vivons-nous
En quel territoire étrange peuplé de fantômes à l’encan éparpillés
Errons-nous désespérés n’osant plus hurler nos douleurs
Car il s’agit de cela la douleur la douleur je n’ai pas d’autre mot
Pour parler de cet effroyable comme une honte de n’avoir été
Que ces êtres pétrissant l’impossible d’une humanité plus belle
La douleur et nous savons bien que c’est de cela dont il faut parler
La douleur comme si de survivre après tout après tout ce que
Nous vîmes du monde quand il sembla de partout s’effondrer
Et ces crimes en notre nom commis et ces mensonges épouvantables
Et pourtant si peu d’entre nous ici n’ont à se couvrir du manteau d’opprobre
Pourtant ce si grand silence glaçant nos jours et nos nuits à n’en pas dormir
Ni rêver ni un instant imaginer des jours et des nuits sans ce malheur
Sans cette douleur encore ce mot cette litanie c’en devrait être assez à la fin
Ne croyez-vous pas venu enfin le temps de jouer la partie cartes sur table
Comme on dit dans ce langage que les poètes n’osent plus chanter
Allons donc je parlerai à ma manière vous le savez bien compagnons
Qui tentez parfois de trouver de nouveaux cheminements de nouvelles lisières
Aux orées des jours à venir dans ce pesant silence où l’on entend parfois
Les plaintes des peuples toujours bafoués toujours muselés
Les laisserons-nous encore longtemps sans que notre voix
N’accompagne leurs errances jusqu’au frontières des espoirs enterrés
Sans creuser encore et encore pour ôter cet humus cette pourriture
Dont nos révoltes se sont couvertes comme de cendres nos fronts 
Sans relever nos corps malgré la douleur et il n’est pas ici question
De taire ce passé si noir qu’il semble souvent que rien n’existât vraiment
Que ce ne fût qu’un cauchemar dont il faut se réveiller on n’ose pas
Toutefois régler la sonnerie du réveil sur des lendemains d’utopie
On nous a tant dit et dit encore qu’il faut à tout cela garder raison
Poser la chape de l’oubli tout refaire à nouveau à nouveau escalader
Les falaises à nouveau franchir les plaines et les déserts gravir les monts
Croire à de nouvelles merveilles et toutes anciennes douleurs
Qui remontent dans nos ventres nos gorges nos mots comment alors
Dire à ces enfants qui viennent l’infinie traversée sans l’assurance du havre
Le dédale avec toujours tapi on ne sait où le monstre au front de taureau
A chaque tentative de franchir l’avenir piétinant les ailes frêles d’Icare
Les laisserons-nous encore longtemps s’acheter l’avenir sur nos morts ?
 
Jacques Thomassaint
Par jacques thomassaint
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Vendredi 4 janvier 2008

Fable égyptienne 

Sur ses petits ergots perché,
Un coquelet de basse-cour
Rencontra, par hasard, un jour,
Une dinde de haute volée.
 
Son épouse l’ayant quitté
Pour d’autres coqs, d’autres amours,
Il fit à la dinde la cour
Et s’en vit bien récompensé.
 
Un des maîtres du poulailler
Lui prêta, pour voyager loin,
Pilote avion et le tintouin,
Et qu’au Nil il s’alla baigner.
 
Lui qui n’était que président,
Il se crut roi dans la vallée,
Pharaon aux pieds de Gizeh ;
Du monde il se rêva tyran.
 
La dinde était de la virée,
Se disant qu’on n’a pas toujours
Un roitelet de basse-cour
Pour vous emmener promener !
 
Il est certain qu’elle ignorait
Combien elle avait de la chance :
Si elle était restée en France,
Faute de chapon les miséreux,
Pour fêter le noël entre eux,
L’auraient volontiers
Dévorée !
 
Moralité :
A ce moment de l’année,
Pour une dinde, mieux vaut s’accoupler
Avec quelque coquelet ou roitelet,
Surtout si sous ses pattes le fumier
Au fric est parfumé !
 
 
 
  note de l'auteur : je sais, ce n'est pas très bon... mais début janvier, on fait ce qu'on peut !!!
Par jacques thomassaint
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Vendredi 18 avril 2008

- Aimé Césaire est mort.

- Qui ça, demandent  99,99% des français ?

- Césaire, un poète !

- Ah, un poète…

        Et comme ces 99,99%, le président, n’ayant rien lu de ce poète-nègre-rouge, écoutera en ricanant les potiches de sa télévision répéter sans rien y comprendre les pseudo explications des agences de presse, en attendant que son conseiller lui ponde le discours de circonstance.

       Ici, dans ce pays depuis plus de 20 ans dirigé par des individus incultes, pour lesquels les petits cons de la star-ac sont des poètes, le tag un art, le fric une morale et la vulgarité de Bigard la seule philosophie qu’ils puissent comprendre, ici, on ne célèbre les poètes que morts.

       Sans renoncer toutefois à cracher sur leur tombe, comme aujourd’hui sur celle d’Aragon.

      Nous verrons les nationales obsèques, nous entendrons le national président pérorer, nous écouterons la crétinerie de la nationale Ségolène bêler le panthéon, nous lirons les nationales déclarations des nationaux partis politiques de tout poil débiter le sempiternel couplet sur la négritude dont ils ne savent que le mot sans avoir jamais lu un seul poème, ni de Césaire ni de Senghor, ni de quelque autre poète. 

      Nous subirons. Encore, et encore, jusqu’à l’écoeurement.

     Et le peuple, ivre d’une télévision dégueulant son sirop vomitif, n’aura pas droit d’entendre à une quelconque heure dite de « grande écoute », le moindre récital de poèmes du grand mort célébré, ni une seule de ses pièces de théâtre.

     Le peuple saura que le poète est mort, et par extension, devinera que la poésie, elle aussi,  est morte.

     Et il zappera, histoire de ne rien perdre de sa série yankee préférée !

 

 

 

Par jacques thomassaint
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