Dimanche 29 mars 2009




Les poèmes de Guantánamo

 

Les poèmes et les textes que nous vous présentons dans ce recueil sont la traduction exacte du livre Poems from Guantánamo publié par les Presses de l’Université de l’Iowa (Etats-Unis) en 2007. Pour la première fois, grâce au travail d’avocats engagés, un ouvrage regroupe des textes écrits par des détenus de cette tristement célèbre prison américaine. Nous avons souhaité offrir aux lecteurs francophones une traduction de ce document historique.



Les vingt-deux poèmes de ce volume ont été écrits par des hommes détenus dans le centre de détention militaire américain de la baie de Guantánamo à Cuba. Comme tous les prisonniers de Guantánamo, ces poètes sont musulmans. Depuis la publication, certains d’entre eux ont été relâchés et renvoyés dans leurs pays d’origine mais la plupart endurent leur sixième année de captivité dans des conditions d’isolement quasi total, emprisonnés sans chefs d’accusation, procès ou protections les plus élémentaires garanties par les Conventions de Genève.



Leurs poèmes, tous écrits derrière les barreaux, furent composés avec peu d’espoir d’être présentés à un public plus large que le petit cercle de leurs codétenus. Mais maintenant que les poèmes ont été autorisés à la publication et réunis dans un volume, ils fournissent aux citoyens du monde, une opportunité unique d’entendre directement les détenus décrire leur vie dans ce centre de détention américain tristement célèbre.

 

Traduit de l'anglais par Keyvan Sayar et Pierre Guéry

 

Guantánamo est un trou noir. Grâce à la mobilisation, en particulier d’un collectif d’avocats, la parole des détenus devient audible, et l’expérience de la collecte de ces poèmes représente un travail réellement inédit. On lira avec intérêt la préface de Flagg Miller, linguiste et anthropologue, et la postface d’Ariel Dorfman, poète et essayiste américano-chilien, pour prendre la mesure des enjeux de cette mobilisation. Et l’on découvrira avec émotion et colère les profils des dix-sept détenus qui ont écrit ces vingt-deux poèmes et les ont fait sortir de manière clandestine dans des tubes de dentifrice ou grâce à de petits billets cachés. Le parti pris de l’édition est de présenter chaque détenu, puis son poème. Rappelons qu’ils étaient quelque sept cent soixante-quinze en 2002, arrêtés dans le monde et retenus, pour la plus grande partie d’entre eux, en toute illégitimité dans la baie cubaine.


Marina Silva - Le Monde Diplomatique

 pour se procurer ce recueil : éditions Biliki
www.calibre.fr


 

Par jacques thomassaint - Publié dans : poésie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 8 mars 2009

C’est le printemps…. Des poètes, paraît-il ! Sur le thème « d’en rire » !  Et ils sont là les poètes, bien rangés, bien propres sur eux, bien obéissants, bien polis, bien souriants, bien sages, bien gentillets …

 LE thème, donc : en rire ! Obligatoire ! Une semaine pour la poésie, et pas n’importe laquelle ! Nom de diou ! Faut que ça fasse rire, sourire ! Hors d’en rire, point de poésie ! Les ceusses qui savent pas pratiquer l’art d’en rire, oust ! Bons à rien ! Me ferez dix poèmes d’humour, ou sinon, punis ! Les enragés, les mélancoliques, les crieurs sur les toits ou dans le désert, restez chez vous ! En attendant votre printemps, l’an prochain, ou  jamais peut-être, les préposés à la direction des opérations poétiques officielles décréteront le printemps de je ne sais quoi… basta !

Un qui sait tirer la couverture, c’est le PPDA (oui, l’ancien de TF1) : il publie un recueil de 150 poèmes choisis (par lui). De Villon à Baudelaire… S’est pas cassé les méninges, le PPDA ! Et il passe à la télé faire la promo de son petit bouquin, lui ! Poètes qui ne parvenaient pas à trouver un éditeur, faites donc un recueil avec les textes de votre « Lagarde et Michard » au lieu de vous acharner à écrire vos petits vers à vous. Résultat assuré. Bande de bons à rien !

Signé : poêt poêt !

Par jacques thomassaint - Publié dans : poésie - Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 8 janvier 2009

ETAT DE SIEGE

Ici, aux pentes des collines, face au crépuscule et au canon du temps
Près des jardins aux ombres brisées,
Nous faisons ce que font les prisonniers,
Ce que font les chômeurs :
Nous cultivons l’espoir.

Un pays qui s’apprête à l’aube. Nous devenons moins intelligents
Car nous épions l’heure de la victoire :
Pas de nuit dans notre nuit illuminée par le pilonnage.
Nos ennemis veillent et nos ennemis allument pour nous la lumière
Dans l’obscurité des caves.

Ici, nul « moi ».
Ici, Adam se souvient de la poussière de son argile.

Au bord de la mort, il dit :
Il ne me reste plus de trace à perdre :
Libre je suis tout près de ma liberté. Mon futur est dans ma main.
Bientôt je pénètrerai ma vie,
Je naîtrai libre, sans parents,
Et je choisirai pour mon nom des lettres d’azur...

Ici, aux montées de la fumée, sur les marches de la maison,
Pas de temps pour le temps.
Nous faisons comme ceux qui s’élèvent vers Dieu :
Nous oublions la douleur.

Rien ici n’a d’écho homérique.
Les mythes frappent à nos portes, au besoin.
Rien n’a d’écho homérique. Ici, un général
Fouille à la recherche d’un Etat endormi
Sous les ruines d’une Troie à venir.

Vous qui vous dressez sur les seuils, entrez,
Buvez avec nous le café arabe
Vous ressentiriez que vous êtes hommes comme nous
Vous qui vous dressez sur les seuils des maisons
Sortez de nos matins,
Nous serons rassurés d’être
Des hommes comme vous !

Quand disparaissent les avions, s’envolent les colombes
Blanches blanches, elles lavent la joue du ciel
Avec des ailes libres, elles reprennent l’éclat et la possession
De l’éther et du jeu. Plus haut, plus haut s’envolent
Les colombes, blanches blanches. Ah si le ciel
Etait réel [m’a dit un homme passant entre deux bombes]

Les cyprès, derrière les soldats, des minarets protégeant
Le ciel de l’affaissement. Derrière la haie de fer
Des soldats pissent - sous la garde d’un char -
Et le jour automnal achève sa promenade d’or dans
Une rue vaste telle une église après la messe dominicale...

[A un tueur] Si tu avais contemplé le visage de la victime
Et réfléchi, tu te serais souvenu de ta mère dans la chambre
A gaz, tu te serais libéré de la raison du fusil
Et tu aurais changé d’avis : ce n’est pas ainsi qu’on retrouve une identité.

Le brouillard est ténèbres, ténèbres denses blanches
Epluchées par l’orange et la femme pleine de promesses.

Le siège est attente
Attente sur une échelle inclinée au milieu de la tempête.

Seuls, nous sommes seuls jusqu’à la lie
S’il n’y avait les visites des arcs en ciel.

Nous avons des frères derrière cette étendue.
Des frères bons. Ils nous aiment. Ils nous regardent et pleurent.
Puis ils se disent en secret :
« Ah ! si ce siège était déclaré... » Ils ne terminent pas leur phrase :
« Ne nous laissez pas seuls, ne nous laissez pas. »

Nos pertes : entre deux et huit martyrs chaque jour.
Et dix blessés.
Et vingt maisons.
Et cinquante oliviers...
S’y ajoute la faille structurelle qui
Atteindra le poème, la pièce de théâtre et la toile inachevée.

Une femme a dit au nuage : comme mon bien-aimé
Car mes vêtements sont trempés de son sang.

Si tu n’es pluie, mon amour
Sois arbre
Rassasié de fertilité, sois arbre
Si tu n’es arbre mon amour
Sois pierre
Saturée d’humidité, sois pierre
Si tu n’es pierre mon amour
Sois lune
Dans le songe de l’aimée, sois lune
[Ainsi parla une femme
à son fils lors de son enterrement]

Ô veilleurs ! N’êtes-vous pas lassés
De guetter la lumière dans notre sel
Et de l’incandescence de la rose dans notre blessure
N’êtes-vous pas lassés Ô veilleurs ?

Un peu de cet infini absolu bleu
Suffirait
A alléger le fardeau de ce temps-ci
Et à nettoyer la fange de ce lieu

A l’âme de descendre de sa monture
Et de marcher sur ses pieds de soie
A mes côtés, mais dans la main, tels deux amis
De longue date, qui se partagent le pain ancien
Et le verre de vin antique
Que nous traversions ensemble cette route
Ensuite nos jours emprunteront des directions différentes :
Moi, au-delà de la nature, quant à elle,
Elle choisira de s’accroupir sur un rocher élevé.

Nous nous sommes assis loin de nos destinées comme des oiseaux
Qui meublent leurs nids dans les creux des statues,
Ou dans les cheminées, ou dans les tentes qui
Furent dressées sur le chemin du prince vers la chasse.

Sur mes décombres pousse verte l’ombre,
Et le loup somnole sur la peau de ma chèvre
Il rêve comme moi, comme l’ange
Que la vie est ici... non là-bas.

Dans l’état de siège, le temps devient espace
Pétrifié dans son éternité
Dans l’état de siège, l’espace devient temps
Qui a manqué son hier et son lendemain.

Ce martyr m’encercle chaque fois que je vis un nouveau jour
Et m’interroge : Où étais-tu ? Ramène aux dictionnaires
Toutes les paroles que tu m’as offertes
Et soulage les dormeurs du bourdonnement de l’écho.

Le martyr m’éclaire : je n’ai pas cherché au-delà de l’étendue
Les vierges de l’immortalité car j’aime la vie
Sur terre, parmi les pins et les figuiers,
Mais je ne peux y accéder, aussi y ai-je visé
Avec l’ultime chose qui m’appartienne : le sang dans le corps de l’azur.

Le martyr m’avertit : Ne crois pas leurs youyous
Crois-moi père quand il observe ma photo en pleurant
Comment as-tu échangé nos rôles, mon fils et m’as-tu précédé.
Moi d’abord, moi le premier !

Le martyr m’encercle : je n’ai changé que ma place et mes meubles frustes.
J’ai posé une gazelle sur mon lit,
Et un croissant lunaire sur mon doigt,
Pour apaiser ma peine.

Le siège durera afin de nous convaincre de choisir un asservissement qui ne nuit
pas, en toute liberté ! !

Résister signifie : s’assurer de la santé
Du coeur et des testicules, et de ton mal tenace :
Le mal de l’espoir.

Et dans ce qui reste de l’aube, je marche vers mon extérieur
Et dans ce qui reste de la nuit, j’entends le bruit des pas en mon intention.

Salut à qui partage avec moi l’attention à
L’ivresse de la lumière, la lumière du papillon, dans
La noirceur de ce tunnel.

Salut à qui partage avec moi mon verre
Dans l’épaisseur d’une nuit débordant les deux places :
Salut à mon spectre.

Pour moi mes amis apprêtent toujours une fête
D’adieu, une sépulture apaisante à l’ombre de chênes
Une épitaphe en marbre du temps
Et toujours je les devance lors des funérailles :
Qui est mort...qui ?

L’écriture, un chiot qui mord le néant
L’écriture blesse sans trace de sang.

Nos tasses de café. Les oiseaux les arbres verts
A l’ombre bleue, le soleil gambade d’un mur
A l’autre telle une gazelle
L’eau dans les nuages à la forme illimitée dans ce qu’il nous reste

Du ciel. Et d’autres choses aux souvenirs suspendus
Révèlent que ce matin est puissant splendide,
Et que nous sommes les invités de l’éternité.

Mahmoud Darwich

Traduit de l’arabe (Palestine) par Saloua Ben Abda et Hassan Chami.

 

Par jacques thomassaint - Publié dans : poésie - Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 31 décembre 2008

A vous tous,

révoltés,  communistes, anarchistes, syndicalistes, hommes et femmes en colère, soutiers de la misère, bâtisseurs d’avenir multicolore, pacifistes, émigrants, émigrés, sans-papiers et chercheurs de sentiers nouveaux,  faucheurs de plantes transgéniques, casseurs de pub, déboulonneurs d’icônes, poètes sans rimes ni raison, futuristes, sculpteurs de musiques du monde, parleurs des cités oubliées, crieurs de feu, embastillés de l’ordre et prisonniers du désordre, ouvreurs de passages dans les océans, franchisseurs d’abîmes, écoliers de la liberté, graveurs de tags, tagueurs de palissades à incendier, lanceurs de mots dans la nuit flicarde, pêcheurs d’étoiles et voleurs de nuages, attrapeurs de vent, amants amantes nus nues dans les flots d’amour, fumeurs d’herbes rouges, incendiaires du vieux monde, briseurs de chaînes fraternels, laveurs d’aubes inconnues, militants du désespoir et des folles espérances, sniffeurs de poussières célestes, soldats sans armes que les paumes offertes, montreurs de prairies et de bocages lumineux, traqués sous les bombes et les obus, dépenaillés de la vie, massacrés des grandes tueries, marcheurs sans retour sur les routes détruites des vastes saisons noires, bateleurs des rivages taraudés par le flux, maraudeurs d’estran sous les tempêtes des hivers ivres de vent, jeunes gens beaux et fiers, vieillards refusant le naufrage, épouses sous le joug et le voile des croyances absurdes, hommes ployant sous la schlague et la morgue des puissants, livreurs d’eaux aux assoiffés du monde, porteurs du chant du refus, vigies aux lisières des marées naissantes,

A vous, tous,

Salut !

Et que nos poings dressés soient enfin une forêt en marche, invincible.

Par jacques thomassaint - Publié dans : poésie - Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 26 décembre 2008
 

 

Saltimbanques du fleuve charroyé de crépuscule

 

Voici mon salut de poète embarqué

Dans le grand parler d’ombre et de lumière

Avec vous accoudé à la rive des esquifs

Écoutant dans la nuit l’assemblage des voix

Comme planches de chêne et hanches de roseaux

 

Maraudeurs des fontaines

Où viennent boire les chevaux désharnachés

 

Voici mon salut fraternel dérivant

Sur la lenteur alternée des eaux

Avec vous ce soir amarré à la forêt des charpentes

Regardant passer des fantômes de haleurs

Et leurs souffles d’arméries et de salicornes

Écoutant dans l’obscurité l’effraie solitaire

Comme un musicien noctambule accordant son chant

Au chant des hommes

 

Voltigeurs du verbe sur la berge des marées

 

Voici mon salut de compagnon passager

Parmi les mots les rires et les cœurs battants

Avec vous attablé à la cène des légendes

Festoyant rimes et silences

Écoutant dans le frémissement du songe

Ce halètement du flot que remontent les rameurs

Comme un murmure d’îles provisoires

Sous la pluie des projecteurs

 

Porteurs de paroles au bord du monde

 

Voici mon salut de voleur d’étoiles

Sous le trémail replié des arc en ciel 

Avec vous assis sur le banc des nuits océanes

Écoutant dans le craquement des lisses

L’appel des cintres ouverts sur le ciel

Et dans la batée des vagues contre les bordés

Comme un chuchotement de coulisses

Avant juste avant que ne se lève enfin

Le velours poignant d’un matin d’été.

 

 

Jacques Thomassaint

 

Par jacques thomassaint - Publié dans : poésie - Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Recherche

Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

créer son blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus